Cette installation photographique est exposée dans le cadre du Festival PhotoSaintGermain du 6 au 30 novembre 2025 à la Galerie Amélie du Chalard.
« J’ai envie d’agrandir ce visage pour mieux le voir, mieux le comprendre, connaître sa vérité. Je crois qu’en agrandissant le détail «en cascade» je vais enfin arriver à l’être de ma mère. »
Roland Barthes, La Chambre Claire
Petite Maman,
C'est une sensation étrange de te regarder
alors que tu n’es qu’une petite fille,
sage comme une image.
« Quand on agrandit, on perd l’image, non ? »
J'aimerais me rapprocher au plus près de toi,
traverser le reflet.
C’est toujours pour un autre que nous créons.
Pour prolonger la mémoire, l’existence et l’amour.
Et renaître autrement.
« Tu es une grande fille, maintenant. »
Cette série réunit trois générations de femmes : ma grand-mère, qui a pris les photos originales en 1949; ma mère, qui en est le sujet ; et moi, qui les ai réinterprétées.
Je voulais redonner vie à ces images. J’ai photographié ce qui me saisissait : une émotion, un geste, un détail parfois réduit à quelques millimètres dans la photographie originale. Il fallait, pour lutter contre la disparition : zoomer, répéter plusieurs fois, changer d’échelle et afficher en grand !
Je crois que ces images modestes recèlent un riche potentiel narratif et esthétique. Elles montrent que l’art ne réside pas seulement dans l’intention, mais aussi dans le regard porté sur l’image. Le geste d’agrandir, de répéter et d’exposer ces photographies les transforme : l’ordinaire devient intime, l’insignifiant devient monumental. Chaque geste devient une forme de résistance, une tentative de retarder la disparition, de préserver la mémoire, d’affirmer une présence.
« Derrière chaque image, il y a toujours une autre image » disait Douglas Crimp. L’idée que l’artiste agit moins comme un créateur que comme un glaneur semble particulièrement pertinente aujourd’hui. Mais c’est peut-être vrai de toute chose : tout est recyclé, réutilisé, transformé.